Sur le site brouillon d'écriture ils viennent d'ouvrir une rubrique de jeux littéraire. Je m'y suis essayé. Le but? On vous donne quelques mots obligatoires et à vous de créer une histoire avec.
Là c'était: 14h72, un prêtre neurasthénique, un ermite et Roland l'éléphant.
Voilà ce que ça a donné pour moi (j'étais inspiré^^)
Le Naadam.
-Par les vénérées sandales du grand Lama ! Déjà 14h72 et nous ne sommes toujours pas en vue d’Oulan Bator ! Tu vas hâter le pas sale bête ?
Désespéré, Erofeï, l’ermite des monts de l’Altaï, juché sur son éléphant houspillait la bête à long nez de ses bottes de cuir dans une vaine tentative de le faire avancer un peu plus vite.
Voilà des jours qu’il avait quitté son ermitage solitaire de la haute taïga dans le but de se rendre au Naadam annuel de juillet dans la grande capitale. A cette heure les yourtes des nomades du pays entier devaient pulluler sur la steppe comme une multitude de champignons blancs et bruns dans l’herbe verte de la prairie.
Les nomades de toute la Mongolie se rendent une fois par an à Oulan Bator en un gigantesque rassemblement, le Naadam, où ils pratiquent de nombreux concours de lutte, de tir à l’arc et de courses de chevaux. Initié par le grand Gengis Khan himself comme ils disent là -bas en occident, cette fête retrouvait au fil des ans le lustre perdu sous l’aire soviétique. De plus c’est pour eux l’occasion de tous se retrouver éparpillés qu’ils sont en temps normal dans les étendues sans fin de la steppe.
-Allez mou du genou ! Mais accélères donc !
Calé sur le cou du pachyderme l’ermite commençait à fulminer. Déjà les lutteurs en slips rouges et bleus devaient s’échauffer sous les regards bienveillants de la foule. Sans lui ! Alors qu’il s’entraînait seul dans sa retraite depuis plus d’un an exprès pour cette occasion ! Et à cause de ce foutu éléphant, appelé Roland Bouddha sait pourquoi, voilà qu’il allait rater les phases éliminatoire de la joute !
Sur le coup Erofeï maudissait le moine neurasthénique qui lui avait refilé la bête au moment du départ pour Oulan Bator. En effet, non loin de son ermitage il y avait un monastère bouddhiste tout aussi perdu qui recueuillait des animaux sauvage de toute l’Asie. Les moines, bienveillants et surtout avides des divers trésors de la nature que l’ermite pouvait leur ramener de sa taïga, lui rendaient en retour de nombreux services dont entre autre la possibilité de lui prêter un bête pour ce voyage annuel.
Cependant à l’origine le deal était tout autre ! Le moine neurasthénique avec lequel il avait traité, dépressif et maladif comme un fétu d’herbe grise sur une lande de lichen, lui avait promis un magnifique chameau de Bactriane pour lui faciliter le trajet jusqu’au rassemblement. L’ermite devait juste en échange lui amener quelques sacs d’une racine aux vertus anxiolytiques qui ne se trouvait que sur les flanc nord des montagnes de son coin paumé. Le moine avait eu ce qu’il voulait mais n’avait finalement pas pu fournir en retour la rolls du désert promise à cause d’une crise du goûte de la dite bête mais avait tout de même en stock un magnifique éléphant. Nommé Roland.
Et donc à la place de Léo le chameau aussi rapide que le ruisseau Erofeï se retrouvait avec Roland l’éléphant au pas lent…
Le voyage dans les steppes herbeuses avait été particulièrement lent et soporifique. Roland, dont le cuir devait être aussi épais que son caractère placide, refusait obstinément d’avancer plus rapidement malgré les féroces coups de talons de l’ermite lutteur. Et c’est donc dans le doux balancement du pachyderme qu’il voyait défiler les petites collines et les quelques ovoos (monticules de cailloux traditionnels) couverts de tissus bleus qui jalonnaient la piste menant au rassemblement.
-Ah je sais pas qui tu étais avant d’être réincarné sous cette forme mais en tout cas une chose est sûre c’est que tu n’as pas du mourir d’un effort intense dans ta précédente vie, hurla l’ermite que la colère poussait dans ses derniers retranchements ! Tu es mort dans ton sommeil ? Une mouche Tsé-Tsé a eu raison de toi ? Ah si tu pouvais me répondre au moins sale bête !
Erofeï tenta de se calmer un peu et réajusta sa position de cornac des steppes ( !!!).
-Oulan Bator doit être encore au moins six kilomètres alors que le concours de lutte devrait commencer dans quoi ? Vingt ou trente minutes ? En tout cas il me faut trouver un moyen de te faire avancer plus vite sinon j’aurais enduré un an d’entraînement et de privation pour rien ! Si ça continues je vais te tamponner l’anus de poudre de gingembre ! Avec ça tu devrais accélérer la cadence !
-Si tu fais ça je te fous par terre toi et toute ta collection de slips de lutte, je retourne au monastère et tu te démerderas tout seul !
-Hein ? Quoi ? La voix grave inattendue dans cette étendue herbeuse désolée provenait de sous lui.
-Tu m’as compris l’ermite ! Laisse mon fondement en paix sinon tu le regretteras, foi de Roland !
L’ermite faillit chuter du dos de la bête. Il n’osa même pas se rattraper aux oreilles du pachyderme soudainement bavard et se remit en selle comme il put à force de gesticulations.
-Mais… C’est toi qui parles ?
-Bien sûr l’ermite ! Qui veux-tu que ce soit ?
Effectivement, à part L’ermite et l’éléphant la steppe était particulièrement déserte. A peine une petite brise glissant sur les herbes.
La grosse tête grise se balançait toujours doucement au rythme chaloupé de la marche. Le pachyderme daigna lever la trompe et l’agiter mollement devant la tête de l’ermite abasourdi.
L’homme mit de longues minutes avant de se remettre de cette nouvelle farfelue.
-Mais comment ça se fait que tu parles ?
-Je ne sais pas, une réincarnation incomplète peut-être ? Qu’en sais-je ? Je ne suis qu’un éléphant !
-C’est dingue quand même ! Un éléphant qui parle ! Mais… Euh… Ils le savent au monastère ? Parce que là quand même c’est spécial !
-Tu rigoles l’artiste ? Ils n’en savent rien ! Je l’ouvre jamais sinon t’imagines le foin que ça ferait ? Là je t’ai causé juste parce que tu t’apprêtais à me faire des cochonneries au trou de balle!
Un peu abasourdi par la révélation Erofeï se replia quelques secondes sur lui-même. La bête parlait ! Et si elle parlait c’est donc aussi qu’elle le comprenait !
-Mais… Euh… Si tu parles c’est que tu me comprends alors ?
-Oui !
-Alors pourquoi ne vas-tu pas plus vite ?
-J’ai pas eu le choix ! J’aurai préféré rester au monastère ! J’ai rien demandé à personne ! Je broutais mon foin pépère dans mon box et voilà que l’autre enfoiré de moine toxico m’a refilé à un ermite lutteur en échange de sa dose. La bête poussa un long soupir. Franchement je vois pas pourquoi je me casserai la trompe à courir la steppe sur des milliers de kilomètres! Pour te voire lutter dans ton petit slip bleu ? Ah ah ! Laisses-moi barrir !
-C’est important pour moi Roland ! Le Naadam n’a lieu qu’une fois par an et je me suis longuement préparé pour ça !
Erofeï sentit les muscles du coup du pachyderme durcir sous l’énervement. Le doux bercement devenait plus cahoteux.
-Et alors ! J’ai rien à voire là -dedans, c’est pas mes oignons ! Tout ce que je veux c’est être peinard et brouter en paix , barrit l’éléphant rageusement.
L’ermite commençait à baisser les bras face à la bête têtue et tenace. Cependant une idée germa dans son esprit.
-Tu sais que si je gagne le concours je serais couvert de présent et la foule sera aux petits soins avec moi !... Et donc aussi avec toi puisque tu seras le vaillant pachyderme qui aura mener le grand vainqueur à travers la steppe. Les gens te couvriront de riches tissus et te gaveront de fruits bien sucrés. Tu seras une star toi aussi !
-Peut-être, grommela l’éléphant ! Mais en attendant vu que t’es gaulé comme un sâdhu diarrhéique tu risques pas de le gagner ce concours ! Ou alors celui de la défaite la plus rapide !
L’ermite ravala la bile qui lui montait soudainement en travers de la gorge.
-C’est vrai que je ne suis pas des plus costauds, admit-il. Mais je joue plus sur le côté agilité. Tel l’anguille je glisse entre les bras de mes adversaires et comme l’écureuil des forêts je bondis à droite à gauche si vite que ton œil ne peut me suivre!
-Bien sûr, ironisa Roland !
-Si si je te jure ! Je me suis entraîné avec des blaireaux des montagnes! Regardes toutes ces griffures sur mon dos ! Et pourtant je suis encore là pour te causer ! Je suis doué tu sais ?
- Arrêtes ton char l’ascète ! Ce ne sont pas des belettes de la taïga que tu auras en face de toi mais des lutteurs mongols ! Tu sais, ceux qui étouffent des tigres de Sibérie de leurs bras nus dans la neige. Ils vont faire du petit bois de ta carcasse d’ermite nourri aux lichens. Et en attendant c’est bibi qui se farcit l’aller et le retour pour que monsieur prenne sa branlée !
Tout occupé à papoter rageusement, Roland et l’ermite ne sentirent pas la cadence s’accélérer légèrement, en effet, la bête s’énervant sous l’entêtement de l’homme celle-ci inconsciemment accélérait le pas.
Se plaignant sur sa condition soudaine de bête de somme Roland avançait désormais d’un pas rapide et cadencé. Comprenant le principe Erofeï continua d’aiguillonner la bête d’habiles paroles jusqu’à ce que les premières yourtes apparaissent sur les flanc d’une faible colline.
Oulan Bator s’étendait devant eux, gigantesque rassemblement de milliers de tentes rondes. La foule pullulait contrastant avec les solitudes des steppes.
Les compétitions n’avaient pas encore débuté et les badauds commençaient à peine à se regrouper autour des stands de nourriture.
Il est inutile de dire qu’Erofeï et son éléphant firent sensation à leur arrivée. Rapidement ils arrivèrent sur la partie du campement réservée aux lutteurs.
-Gares-toi là , chuchota l’ermite à Roland en indiquant une barrière ou de petits chevaux poilus attendaient sagement attachés à une barrière de bois.
L’éléphant râla et se faufila entre deux tarpans des steppes qui s’évanouir presque de peur face à la bête.
Erofeï sauta à terre et commença et à décharger son barda sous le regard amusé des badauds.
Il commençait à peine à dénouer le sac contenant son attirail de lutteur quand soudain une énorme main basanée se posa sur son épaule le clouant dans la terre.
-Attends je vais t’aider, tonna une voix caverneuse qui charriait des cailloux comme un glaciers des rocailles.
Erofeï se retourna et tomba nez à nez avec un nombril. Il leva la tête. Devant lui se tenait un colosse basané aux bras épais comme deux fois ses propres cuisses juste vêtu d’un petit slip bleu, d’un genre de cache cœur de même couleur qui ne couvrait que les bras et de bottes de cuir. Un lutteur apparemment ! Et le bonhomme presque aussi grand que l’éléphant le regardait l’œil brillant un grand sourire dévoilant ses gigantesques dents blanches.
-Il faut vite te préparer, nous devons nous affronter dans 5 minutes ! J’ai cru que tu n’arriverais pas et que mon premier combat serait gagné par forfait, crut bon d’ajouter le géant.
Erofeï sentit un vent froid dans son dos qui lui hérissa l’échine. C’était le pouffement de rire de l’éléphant qui se retenait de se bidonner en public. Des larmes mouillaient même ses yeux hilares.
-Oui mais euh… En fait non pas la peine monsieur, minauda l’ermite. En fait je viens juste regarder les combats.
Il n’avait aucune chance. L’éléphant ne s’était pas trompé.
-Par contre je veux bien que vous m’indiquiez la buvette s’il vous plait.