Ils sont là. Partout ! Ils m’observent, m’épient. Sur le petit calepin ils notent tous mes faits et gestes. Enregistrent mes appels, surveillent mes conversations, lisent mes mails.

Même aux toilettes ! Je suis sûr qu’il y a une caméra dans la ventilation. Je suis une bête traquée. Une proie alléchante pour ces prédateurs sans pitié. Ils guettent, ils attendent. Le moindre faux-pas me sera fatal si ma vigilance baisse !

Je sais qu’ils n’attendent que ça pour me crucifier au pilori et faire subir à ma carcasse toutes les offenses outrageuses que leurs esprits sadiques et pervers imaginent alors qu’ils m’espionnent dans ma plus personnelle intimité.

13h42, 18 janvier 2011.

Je sais qu’ils ne sont pas loin. Que l’heure fatidique approche inexorablement. Alors que je suis assis sur ma chaise devant mon bureau, que le ronron des ordinateurs berce la secrétaire qui s’assoupit sur son clavier, que la cafetière glougloute tendrement et que les arômes épicés du café d’Ethiopie se répandent dans l’enceinte close du bureau, je sens monter en moi la vague glaciale de la peur qui me submerge.

13h43.

Mon portable vibre. Un SMS. Ils arrivent ! Mon cÅ“ur se met à battre frénétiquement. Mes oreilles bourdonnent. Telle la gazelle tapie dans les hautes herbes de la savane je sens la présence de lion cruel prêt à bondir sur moi et déchirer ma tendre fourrure. La peur me tétanise alors que je scrute les hautes herbes brunies par le soleil à la recherche de la mort qui me guette. La sueur coule sur mon front et humidifie mes doigts alors que je sors le portable de ma poche.

J’ouvre le message.

« Chéri ! Mes parents ont appelé. Ils ne viendront finalement pas manger ce soir, maman est malade. Bisou à toute. »

D’un bon gracile la gazelle fend les hautes herbes et s’éloigne sautillante sous le soleil chaleureux d’un bel après-midi calme et serein dans la savane. Le lion est mort ce soir.