La malédiction du nain
Par mica le lundi, octobre 3 2011, 15:46 - Lien permanent
Voici un petit texte que j'avais mis en ligne sur Legow.tk il y a un peu plus de deux ans. C'est un genre de pastiche de littérature fantasy. Je le mets la parce que je m'étais bien marrer en le rédigeant.
L’enchanteur m’avait pourtant bien prévenu… « Utilise l’élixir avec précaution ! Il est puissant et les effets sont irréversibles ! »
Puissant et irréversible ! Si j’avais su à quel point j’aurais fait plus attention.
Moi Zsobic, guerrier nomade des steppes du nord, épéiste redouté, pourfendeur de vilains, sauveur de veuves et accessoirement d’orphelins – je préfère quand même nettement les veuves- suis aujourd’hui victime de la plus terrible des malédictions ! Un malheureux concours de circonstances me plonge aujourd’hui dans un exil sans fin.
Mon histoire débute il y a plusieurs mois de cela. Je m’étais distingué auprès du roi Xenos lors des combats qui l’avaient opposé aux hordes de gobbelins des montagnes qui lorgnaient les richesses de son royaume. Je faisais partie de la phalange de mercenaires qui fut chargée d’un raid commando au cœur du campement ennemi. J’avais de mes propres mains occis le chef gobbelin alors qu’il cuvait tranquillement son vin sous sa tente. Gloire et honneurs me furent offerts lors d’une grande cérémonie célebrant la victoire des valeureux combattants. C’est là que ma vie a changé ! Elle était là , dans toute sa splendeur princière, ses courbes voluptueuses magnifiées par sa robe diaphane aux reflets argentés. Ses longs cheveux blonds flottaient sur ses épaules en une cascade d’or. Elle posait son regard émeraude empli de tristesse sur l’assemblée. La vue de cette beauté divine me paralysa. L’orage de l’amour grondait en moi.
D’une bourrade Ragnar me ramena à la réalité.
-« Tu serais pas en train tomber raide dingue de la princesse Simone toi ? » Me murmura-t-il hilare.
-« Alors c’est elle… Princesse Simone ! » M’étonnais-je en essuyant du revers de la manche le filet de bave que j’avais laissé échapper. Puis me souvenant douloureusement d’une information cruciale : « Mais… alors c’est elle que Xenos veut marier à Grück le roi des nains en échange d’un pacte de défense entre leurs peuples ! »
-« Cest con pour elle tu trouve pas ? » Dit-il sarcastique pendant que je la déshabillais du regard en imaginant son corps pur souillé par ce nain puant et velu aux mains câleuses. « L’officialisation de leur union est pour ce soir ! » Avait-il ajouté sournoisement.
-« C’est contre nature… » Avais-je murmuré sans pouvoir quitter des yeux la déesse à la beauté divine. « Elle doit être mienne ! » Hurlais-je même intérieurement.
Mais comment faire pour l’extirper des sales pattes de Grück ! Etait-elle seulement sous mon charme ? Avais-je une chance de la séduire et de quitter ce royaume avec elle ? Je nous imaginais déjà chevauchant nos fidèles tarpans à courir les steppes magnifiques et élever nos enfants dans ma grotte natale des monts sanglants. Un garçon et une fille… Moi, elle, une vie heureuse loin des combats… Il me fallait l’avoir à n’importe quel prix ! C’est alors qu’elle portait une coupe de vin à ses lèvres de rubis que l’idée germa… un philtre d’amour ! Rien de plus simple que de lui faire boire lors des festivités de ce soir !
Pris d’un élan plein d’espoir je quittais la cérémonie et me jetais chez mon ami Leroy, enchanteur de métier, magicien attitré du roi Xenos, et surtout triquard à mon égard depuis une sombre histoire d’assassinat de mage concurrent… Ainsi donc je le rejoignais dans son officine et lui demandait le philtre d’amour le plus puissant qu’il puisse réaliser. Un peu de ma semence, queques machins secrets de son cru et le tour fut joué. Celle qui boirait cela serait à tout jamais sous mon charme.
Il me l’a fait le sagouin ce sérum d’amour ! Et que oui que ça a été efficace ! C’est juste que je n’imaginais pas ça comme ça !
Donc le soir même je suis retourné au banquet avec mon précieux élixir caché sous mon pourpoint. La fête battait son plein. Vins et viandes grasses. Rires et chants paillards. A la droite de Xenos assis au centre de la longue table, Simone affichait toujours le même air triste. A ses côtés, dépassant à peine de la table, je reconnus immédiatement le casque à pointes et la tignasse rousse de Grück. Son épaisse main câleuse posée sur le poignet délicat de ma princesse me brûla les yeux et enflamma mon esprit. J’aurais tout donné à ce moment là pour l’éventrer en public et lui tricoter une écharpe avec ses intestins. Ma main se resserra sur la fiole. Il me fallait agir maintenant.
J’attrapai une chope de vin sur le plateau d’un valet et y versais anxieusement l’élixir, puis m’approchais discrètement de la table du roi. Feignant habile ment de lui présenter mes hommages je remplaçais le verre de Simone par celui que j’avais préparé. Alors que je n’étais qu’à quelques centimètres d’elle, elle ne posa même pas les yeux sur mon corps musculeux de guerrier héroïque ! Heureusement que Leroy m’avait préparé ce philtre me dis-je alors en souriant et que je m’éloignait de la table sans perdre de vue la coupe contenant l’élixir d’amour.
Je me rassis à ma place, satisfait de mon larcin et salivant de la vie nouvelle qui m’attendait au bras de cette beauté. Je sentais déjà sa peau de pêche aux arômes de jasmin se frotter à mes muscles saillants… Ses longs cheveux d’or glissant sur mon torse puissant tandis que je l’étreindrai de mes bras d’acier… C’est alors que je me perdais dans ces fantasmes que mon sang quitta mon corps en s’enfuyant par les orteils : Grück venait de se saisir de la coupe de Simone et la vidait d’un trait. Quelques secondes passèrent pendant lesquelles j’adressais une prière aux dieux pour que Leroy se soit trompé et qu’il m’ai refourgué un vulgaire jus totalement inefficace. Mais c’était trop tard… Le regard noir du nabot se porta sur moi et je lus en lui un désir pervers. Il détailla mon corps en se léchant les lèvres et en se caressant le torse. Il m’adressa un grand sourire qui en disait long…
Depuis ce soir maudit je parcours monts et vallées, poursuivi inlassablement par les troupes de l’infâme Grück et ses sombres desseins.
Ainsi débuta cette terrible malédiction… La malédiction du nain… Celle dont je suis victime aujourd’hui et qui me condamne à l’exil ou à milles souffrances.

Commentaires
Quelle imagination débordante ! ;)
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