J’aime les chats, ces petites bêtes à poils doux et au regard mystérieux, à la fois peluche doucereuses et killer à pattes de velours et aux griffes acérées.

J’adore les chats. Chats de gouttière, matou à mémère ou chasseurs de rongeurs invétérés. Cette amour particulier qu’ils portent à ceux qui les entourent qu’on ne peut pas qualifier de maîtres mais plutôt de colocataires car il est de notoriété publique qu’on ne possède pas un chat mais qu’on vit avec parce qu’il le veut bien ! Les chats ont cette indépendance d’esprit et de comportement que les chienchiens n’ont pas. Un proverbe anglais le dit d’ailleurs clairement : « Dogs have masters, Cats have slaves ! »

J’en ai toujours eu au moins deux en permanence à la maison. Dernièrement je suis allé récupérer un chaton qui s’était isolé dans le local poubelles de la grande surface à côté de chez moi. Et hop un de plus ! Enfin bref ! J’aime les chats et arrive difficilement à résister à leur petite frimousse moustachue et à leur regard oriental.

Par chez nous dans mon patelin les chats sont d’ailleurs appelés affectueusement « catamiaou ». N’étant pas originaire du coin je ne peux que me soumettre à diverses hypothèses concernant l’étymologie de cette appellation. Il me semble que cela viendrait d’une dérivation de leur patois local, l’occitan (toujours très imagé), qui donnerait approximativement « canta miaou », ce qui signifierait « chante miaou Â» et qui aurait donné à l’usage « catamiaou »… Enfin ça c’est ma version !

Donc j’aime les chats. Je sais c’est déjà la quatrième fois que le dis mais c’est parce que j’adore ça (et de cinq !). Il me plaît de les observer dans leur quotidien surtout lorsqu’ils sont soudainement repris par cet instinct naturel de grand prédateur. Il n’y a rien de plus gracieux qu’un félin tapis dans les hautes herbes guettant sa proie immobile et prêt à bondir tel la foudre.

Notre voisin a la particularité d’avoir un très grand jardin planté de nombreux arbres fruitiers. Pêchers, cognassiers, noyers, noisetiers et autres joyeusetés pour rongeurs. Et du coup son verger est squatté toutes l’année par un gang d’écureuils (au bas mots 5 ou 6) qui batifolent gaiement dans cet Eden calme et reposant. Si ce n’était mes chats… Quoique le plus doué d’entre eux en 11 ans d’existence n’a réussi qu’une seule fois à me ramener fièrement une musaraigne malade qu’il avait valeureusement capturé tout seul comme un grand. Donc en fait je ne m’en fais pas trop pour Tic et Tac et eux non plus d’ailleurs…

Et donc aujourd’hui, sur les coups de 12h45 après avoir copieusement bâffrer je suis allé me fumer une petite cigarette sur le balcon qui donne sur ce jardin. Un de mes chats, le plus athlétique et téméraire de tous, m’a suivi dehors et s’est précipité dans le verger voisin pour entamer une partie de chasse. Une légère brume couvrait encore le sol s’accrochant en lambeaux cotonneux aux hautes herbes et aux troncs sombres des arbres aux branches torturées. Le prédateur, silencieux comme une brise d’automne s’est glissé entre les arbres pour se tapir dans l’ombre d’un massif de framboises. Là il s’est posé à l’affût assis sur ses pattes arrières immobile dans la brume. Je sentais sous son pelage les muscles bandés prêts à se détendre pour fondre sur sa proie ne laissant aucune chance à la pauvre victime prisonnière de ses griffes acérées et cruelle. Son regard brillait. Il fixait un point à quelques mètres devant lui. Un pêcher au tronc torturé et sombre. Lâchant le fier chasseur du regard je fouillais l’entrelacs de branches noires dénudées pour finalement découvrir la proie : un jeune écureuil roux à la queue en panache. Pauvre victime d’un bourreau silencieux et implacable. Et cet innocent petit rongeurs, n’ayant pas vu la mort qui rode descendit de son arbre. Instinctivement mon regard se reporta sur le fauve impassible toujours assis dans son fourré. Pas un geste, pas un frémissement, et pourtant toujours tendu comme la corde d’une arbalète prête à se détendre et à distribuer la mort. Le petit rongeur atteignit l’herbe puis se rapprocha inconsidérément du taillis meurtrier.

Un frisson parcourut mon échine dans ce froid hivernal. Cruelle nature ! Le jeu mortel du prédateur et de sa proie ! Ce petit écureuil qui ne demandait qu’à vivre dans ce jardins de noix et du fruit savoureux allait connaître la douleur et la mort, le tranchant de ces lames effilées et des ces crocs avides.

Il s’approchait lentement de sa mort, farfouillant le sol à la recherche de quelque pitance sans même savoir qu’il allait devenir celle d’un effroyable prédateur…

L’écureuil releva le museau, aperçut le chat et se figea. Mon chat ne bougea pas ! L’écureuil repartit. Sans que le prédateur ne bougea plus encore.

Puis, une fois le rongeur hors de portée le catamiou daigna lever son séant, fit quelques pas et gratta de la patte avant droite les feuilles devant lui et regagna le chemin de la maison en miaulant. Le fier chasseur était sorti dehors pour faire son caca journalier avant de rentrer à la maison se remettre au chaud parce qu’aujourd’hui il fait sacrément froid quand même !