En attendant les Barbares
Par owdwee le mardi, septembre 4 2007, 19:05 - Lien permanent
J'ai reçu ce poème d'une copine, et j'ai tripé car il peut vouloir dire beaucoup de choses sur notre société actuelle.... Je vous le fais donc partager, en espérant qu'il vous plaise.
EN ATTENDANT LES BARBARES
- Qu'attendons-nous, rassemblés sur l'agora ?
On dit que les Barbares seront là aujourd'hui.
- Pourquoi cette léthargie, au Sénat ?
Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer ?
Parce que les Barbares seront là aujourd'hui.
A quoi bon faire des lois à présent ?
Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.
- Pourquoi notre empereur s'est-il levé si tôt ?
Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville,
Solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne ?
Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
Et que notre empereur attend d'accueillir
Leur chef. Il a même préparé un parchemin
A lui remettre, où sont conférés
Nombreux titres et nombreuses dignités.
- Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs sont-ils
Sortis aujourd'hui, vêtus de leurs toges rouges et brodées ?
Pourquoi ces bracelets sertis d'améthystes,
Ces bagues où étincellent des émeraudes polies ?
Pourquoi aujourd'hui ces cannes précieuses
Finement ciselées d'or et d'argent ?
Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
Et que pareilles choses éblouissent les Barbares.
- Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l'ordinaire
Prononcer leurs discours et dire leur mot ?
Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
et que l'éloquence et les harangues les ennuient.
- Pourquoi ce trouble, cette subite
Inquiétude ? - Comme les visages sont graves !
Pourquoi places et rues si vite désertées ?
Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux ?
Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus
Et certains qui arrivent des frontières
Disent qu'il n’y a plus de Barbares.
Mais alors, qu'allons-nous devenir sans Barbares ?
Ces gens étaient en somme une solution.
Poème de Constantin Cavafy (1863 - 1933)
Traduction du grec par Socrate C. Zervos et Patricia Portier

Commentaires
Je sais pas pourquoi mes ça me fait penser à des gouvernements en cours. Comme quoi, les choses ne changent pas beaucoup. Le plus sûr des moyens pour contrôler une population est encore de lui faire peur...